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Musée - L’ évaluation : un atout pour réussir une exposition
1-L’évaluation
Trop quantitative, l’ évaluation d’une exposition est souvent mal vécue par les conservateurs, qui répugnent à se laisser enfermer dans des chiffres. Pourtant, il existe d’autres formes d’évaluation, très utiles pour concevoir un projet. Tour d’horizon.
Le terme d’évaluation, par ses résonances scolaires, fait peur à bon nombre de conservateurs " Souvent, explique Sylvie Grange, conservateur du patrimoine en Vaucluse et vice-présidente de l’As- sociation générale des conservateurs des collections publiques de France (AGCCPF), l’évaluation qui leur demandée est uniquement quantitative : combien de visiteurs a attiré cette exposition ? Or, si le nombre de visiteurs est un critère important pour juger de la réussite d’une expo sition, ce n’est pas le seul. Il y a des expositions plus difficiles, qui accueillent moins de visiteurs, mais qui peuvent être considérées comme réussies car elles ont fait un effort pour toucher un public particulier. Pour faire accepter cette notion d’évaluation aux conservateurs, il faut dépasser le quantitatif pour le qualitatif " De plus, ce n’est pas parce qu’une exposition réalise un chiffre important à la billetterie qu’elle ne rencontre pas des problèmes de réception de la part public.
L’évaluateur est un médiateur. L’évaluation d’une exposition, pour être réellement efficace, doit donc inclure, outre le nombre de visiteurs, une évaluation des espaces, des médiations, des services et des publics. De plus, elle peut intervenir en aval de l’exposition, mais aussi en amont. Il n’y a pas qu’une sorte d’évaluation. Une évaluation permet de savoir si l’on a atteint ses objectifs. Elle peut également permettre d’améliorer les prestations.
En effet, des indications sur la topographie et la circulation des visiteurs dans les espaces, sur la muséographie, la façon de présenter, les éclairages, les supports, les choix de mises en scène, ou encore sur les effets de sens générés auprès du public, apportent des renseignements précieux à un conservateur. Ce sont autant de critères qui contribuent à la réussite d’une exposition et qui méritent d’être évalués.
La plupart du temps, l’évaluateur a recours à divers champs de connaissance comme la sociologie, la linguistique, la sémiologie, la théorie de l’information-communication, la psychologie, l’économie ou encore l’ethnologie. Les évaluateurs auxquels les concepteurs d’exposition font appel sont en général des chercheurs, extérieurs à l’institution à évaluer.
C’est le cas de Serge Chaumier, maître de conférence à l’université de Bourgogne, responsable du Centre de recherche sur la culture et les musées (CRCM). " L’évaluateur, explique-t-il, doit être un médiateur. C’est en général un sociologue qui aide le concepteur de l’exposition à réussir son projet. "
Typologie des évaluations
Outre l’évaluation quantitative, source d’une connaissance statistique du public, Serge Chaumier distingue quatre types d’évaluation. > L’évaluation " sommative " : elle intervient une fois l’exposition terminée, au-delà des chiffres de la billetterie, et cherche à voir le degré d’appropriation de l’exposition par le visiteur. Le but est d’élaborer certaines conclusions, devant servir aux expositions futures, afin d’éviter de renouveler certaines erreurs.
> L’évaluation de " remédiation " : elle intervient en cours d’exposition et permet de recadrer un projet.
> L’évaluation " formative " : au moment de la conception, l’évalualeur cherche les meilleurs moyens d’atteindre les buts du concepteur. > L’évaluation préalable : cette évaluation se situe encore plus en amont que l’évaluation formative, au niveau de la conception. Elle est à l’origine du projet d’exposition, elle cherche à étudier les connaissances du public sur. un thème donné et le matériel qui existe.
Les musées des beaux-arts, autrefois à la traîne par rapport aux musées scientifiques, ethnographiques ou historiques, prennent aujourd’hui peu à peu conscience de ce que l’évaluation peut leur apporter. Reste à convaincre les élus de la nécessité de telles évaluations, qui sont souvent lourdes et onéreuses. Pour Dominique David, responsable du service des publics à la direction générale de la culture de Nantes, l’utilité de telles évaluations ne fait aucun doute. " Nantes a en effet décidé de mettre en place un observatoire des publics. Cela permettra à la ville d’effectuer des évaluations continues et autonomes de ses musées. "
Alexandra Echkenazi - Gazette des communes
Serge Chaumier, Centre de recherche sur la culture et les musées (CRCM), Université de Bourgogne, ancienne faculté des lettres, 36, rue Chabot-Charny 21000 Dijon. Tél. : 03-80-58.98.68.
Marie-Sylvie Poil, chercheur en muséologie, Université P. Mendès-France BP 47 38040 Grenoble. Tél. 04-76.82,54-89.
2-Le Musée dauphinois de Grenoble mesure l’impact d’une exposition
En France, en matière d’évaluation, souligne Jean Guibal, conservateur du patrimoine de l’Isère, nous sommes très en retard par rapport aux Nord-Américains. Pourtant, c’est un domaine de première importance, car il s’agit de mesurer l’efficacité de notre travail auprès du public. Ce qui n’a rien à voir avec une étude de marketing. Nous ne cherchons pas à nous calquer sur les désirs du public, mais à faciliter sa perception, à partir d’une exposition dont nous avons choisi le thème. " C’est le cas de t’évaluation effectuée en ce moment sur l’exposition " Pour que la vie continue. D’Isère et du Maghreb ", au Musée dauphinois de Grenoble. " Nous nous adressons à des visiteurs individuels, en petits groupes (deux ou trois maximum), qui sont sur le point de pénétrer dans l’exposition et nous leur proposons de participer à l’étude, explique l’évaluatrice, Marie-Sylvie Poil, chercheur en muséologie à l’université Pierre Mendès-France de Grenoble. S’ils acceptent, nous leur faisons rapidement parcourir les deux espaces contigus "Greniers et protections dans l’Atlas marocain" et "Mémoires d’immigrés". Nous leur confions un polaroïd avec, comme consigne, de prendre une dizaine de photos sur l’ensemble des deux espaces d’exposition. Nous les retrouvons à l’issue de leur visite dans te salon de réunion du musée, et nous leur posons quelques questions en suivant un guide d’entretien sur la visite, les choix des photos, les commentaires des photos. Les questions portent sur t’impression générale de la visite, les différences perçues entre les deux expositions, les préférences pour ["une ou l’autre forme de muséographie, les caractéristiques de "Mémoires d’immigrés", tes missions et les rôles de médiateur culturel selon eux, du Musée dauphinois en Isère, le rôle joué par l’écrit dans ces expositions. Chaque entretien dure entre 30 et 45 minutes. Il s’agit, conclut Jean Guibal, de savoir si le public perçoit la légitimité d’un tel thème au sein de notre musée, et surtout quel message il en ressort. " Résultat le 31 décembre.
3-La Citadelle de Besançon mène de front évaluation quantitative et qualitative
L’évaluation menée sur le site de la Citadelle de Besançon par l’équipe de Serge Chaumier montre qu’une étude quantitative a tout intérêt à être accompagnée d’une étude qualitative. " La Citadelle, explique Serge Chaumier, regroupe deux pôles d’activités : d’une part, les salles d’exposition historique sur Vauban, un musée d’art et de tradition populaire, le-musée Comtois et un musée de la Résistance’et de la déportation. D’autre part, un pôle de sciences naturelles avec un muséum d’histoire naturelle, complété par un aquarium, un insectarium, un noctarium, des salles d’astronomie-météo et un parc zoologique. " En 1994, suite à un transfert de compétences, la gestion du site passe de la commune à une société d’économie mixte. Des rénovations sont effectuées et les tarifs augmentés. " Or, en 1995, poursuit Serge ler, des comptages ont montré que la proportion de visiteurs "non-visiteurs", c’est-à-dire se limitant à la partie gratuite du site, était très importante un quart des personnes venant à la Citadelle ! Nous étions persuadés que la raison en était l’augmentation tarifaire. " Une étude a été menée auprès de 8oo visiteurs, interrogés sur leur motivation à venir sur le site et leur réticence à visiter les espaces payants. Les chercheurs se sont rendu compte que,, parmi les personnes qui n’avaient jamais visité le site, plus de 6o % étaient incapables d’indiquer le nombre de musées hébergés, et une proportion importante ignorait jusqu’à leur existence. 18 % inventaient même des offres non disponibles ! Un problème d’information était évident. En revanche, les tarifs étaient connus de tous, preuve qu’il ne s’agissait pas d’un manque d’intérêt de la part du public. Dans la foulée, une évaluation des espaces a permis de pointer plusieurs dysfonctionnements. Une nouvelle organisation des espaces ainsi qu’une nouvelle répartition des tâches des équipes (accueil, sécurité, billetterie) ont été mises en place. Grâce à ces nouveaux équipements, selon Serge Chaumier, le nombre de visiteurs du seul parc gratuit a été ramené à 8 %.
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